FTP — Fit Tri Performance
← Le journal du coach

AccÚs libre · 11 février 2026

🔬 Quand la tempĂ©rature interne fait basculer la thĂ©orie du mĂ©tabolisme des lipides

Par Michael Lecuivre · CoachMika

Lors de ma derniÚre séance de home trainer, je me suis équipé habituellement de ma ceinture FC (Polar H10) mais aussi du masque CalibreBio et de mon capteur Core Body Temp. Je voulais réaliser un protocole simple mais trÚs parlant, pour déterminer l'utilisation des lipides autour de SV1. Pour cela, j'ai modélisé une séance trÚs simple :

👉 3 blocs de 8 minutes rĂ©cup 2':

  • juste en dessous de SV1

  • Ă  SV1

  • juste au-dessus de SV1

Objectif : analyser ma capacité à oxyder les lipides autour du premier seuil ventilatoire (SV1).

On peut voir que la séance a parfaitement été réalisée, avec des résultats conformes à la théorie attendue. Sur les 2 premiers blocs (sous SV1 et à SV1), les FCs sont stables et restent dans la fameuse Z2Hr. Durant les phases de récupération, les FC redescendent parfaitement. Durant le 3Úme et dernier bloc, non seulement la FC monte au dela de la FC@SV1, mais en plus elle dérive durant le bloc (découplage=8% ce qui est énorme sur une si courte durée et sur une si faible intensité)

📊 RĂ©sultats observĂ©s

  • 1er bloc Sous SV1 : bonne capacitĂ© Ă  oxyder les lipides (on observe le FatMax pendant la phase de warm up) autour des 60% en moyenne sur le bloc.

  • 2nd bloc @ SV1 : apparition du fameux cross-over point → environ 50 % glucides / 50 % lipides, avec observation d'une premiĂšre dĂ©gradation d'oxydation des lipides sur la fin de ce bloc

  • 3Ăšme bloc Juste au-dessus de SV1 :

    • effondrement brutal de l’oxydation des lipides

    • dominance quasi totale des glucides

    • et surtout
 cette capacitĂ© Ă  oxyder les lipides n’est jamais revenue, mĂȘme pendant les phases de rĂ©cupĂ©ration

Sur le papier, cela semble illogique.
La théorie classique nous dit :

“À basse intensitĂ©, les lipides redeviennent le substrat majoritaire.”

Pourtant, ici, ce n’est pas ce que j’ai observĂ©.

Pourquoi ?

đŸŒĄïž Le facteur clĂ© : la tempĂ©rature interne

La variable qui a totalement changé la lecture de cette séance est la température corporelle interne. Grùce au capteur CORE, on peut mettre la main sur ce qui défie la théorie et peut expliquer précisément ce que l'on attribue la majeure partie du temps à de "mauvaises sensations".

Pour information, sur le graphique suivant, la FC est en rouge, la température interne est en vert et le HSI (Heat Stress Index) est en jaune. On identifie aisément les 3 blocs sur l'évolution de la courbe des FC, et on remarque facilement l'impact des efforts sur l'évolution de la température interne. Par contre, on distingue parfaitement le décrochage entre la FC (en rouge) qui redescend en fin de 3Úme bloc avec la température interne (en vert) qui continue d'augmenter malgré la fin de l'effort...

Entre :

  • l’augmentation progressive de l’intensitĂ©

  • l’enchaĂźnement des blocs

  • et l’environnement du home trainer (moins de convection, moins de refroidissement)

👉 la tempĂ©rature interne a continuĂ© Ă  augmenter, mĂȘme lorsque l’intensitĂ© redescendait.

Et c’est lĂ  que la physiologie rĂ©elle reprend ses droits.

⚙ Pourquoi la chaleur inhibe l’oxydation des lipides

Lorsque la température interne augmente, plusieurs mécanismes entrent en jeu :

1ïžâƒŁ PrioritĂ© au glucose (substrat rapide)

Le corps cherche Ă  :

  • limiter le coĂ»t Ă©nergĂ©tique des rĂ©actions mĂ©taboliques

  • produire de l’ATP plus rapidement

âžĄïž Les glucides deviennent prioritaires car :

  • leur rendement Ă©nergĂ©tique est plus rapide

  • leur oxydation demande moins d’oxygĂšne par unitĂ© d’ATP produite

  • elle est plus compatible avec un Ă©tat de stress thermique

2ïžâƒŁ Redistribution du dĂ©bit sanguin

En situation de chaleur :

  • une partie importante du dĂ©bit sanguin est dirigĂ©e vers la peau pour la thermorĂ©gulation

  • ce dĂ©bit est donc moins disponible pour les muscles

  • ce qui pĂ©nalise les processus oxydatifs lents comme l’utilisation des lipides

3ïžâƒŁ Activation du systĂšme nerveux sympathique

L’élĂ©vation thermique entraĂźne :

  • augmentation des catĂ©cholamines (adrĂ©naline, noradrĂ©naline)

  • stimulation de la glycolyse

  • inhibition relative de la lipolyse

Résultat :
👉 mĂȘme Ă  une intensitĂ© thĂ©oriquement favorable aux lipides, le contexte physiologique ne l’est plus.

🧠 Ce que cette sĂ©ance nous apprend vraiment

Cette séance montre une chose fondamentale :

Le métabolisme dépend autant du contexte interne (température, fatigue, stress) que de la puissance ou de la fréquence cardiaque.

On peut donc se retrouver dans une situation oĂč :

  • on est “sous SV1” en watts

  • mais “au-dessus SV1” d’un point de vue mĂ©tabolique

🎯 Implications concrùtes pour l’entraünement

✅ 1. Attention aux sĂ©ances “zone 2” en environnement chaud

Une séance censée développer :

  • l’’oxydation des lipides

  • la base aĂ©robie

peut en réalité devenir :

  • une sĂ©ance Ă  dominante glucidique

  • avec une dĂ©rive mĂ©tabolique non souhaitĂ©e

ParticuliĂšrement :

  • en home trainer

  • en stage chaleur

  • en Ă©tĂ©

  • en sĂ©ance longue sans refroidissement suffisant

✅ 2. Le refroidissement devient un outil d’entraünement

Ventilation, hydratation, température ambiante ne sont plus du confort, mais des variables physiologiques :

  • ventilateurs puissants

  • vĂȘtements adaptĂ©s

  • gestion de l’hydratation

  • pauses thermiques si nĂ©cessaire

âžĄïž Objectif : maintenir un environnement mĂ©tabolique favorable Ă  l’oxydation lipidique.

✅ 3. Le SV1 n’est pas une valeur fixe

Le SV1 mesurĂ© lors d’un test frais et contrĂŽlĂ© peut :

  • se dĂ©placer vers le bas en cas de chaleur

  • se dĂ©placer en cas de fatigue

  • se dĂ©placer selon l’état glycogĂ©nique

👉 Il faut donc parler de SV1 contextuel, pas de SV1 absolu.

đŸ§Ș Pourquoi les mesures de terrain sont si prĂ©cieuses

Sans analyse des échanges gazeux et de cette température interne, cette séance aurait été interprétée comme :

“Une sĂ©ance d’endurance fondamentale bien maĂźtrisĂ©e.”

Alors qu’en rĂ©alitĂ©, le mĂ©tabolisme Ă©tait dĂ©jĂ  basculĂ© sur les glucides.

Cela illustre parfaitement l’intĂ©rĂȘt de l'utilisation combinĂ©e des outils comme CalibreBio et Core Body Temp :

  • pour comprendre ce que fait rĂ©ellement l’organisme

  • et pas seulement ce que l’on croit faire avec des zones d’intensitĂ©

🏁 Conclusion – La thĂ©orie est juste
 mais souvent incomplĂšte

La thĂ©orie “basse intensitĂ© = lipides” reste vraie
à condition que l’environnement physiologique le permette.

Mais dĂšs que :

  • la tempĂ©rature interne augmente

  • le stress thermique s’installe

  • le systĂšme nerveux est activĂ©

👉 la prioritĂ© mĂ©tabolique change.

Cette séance est un rappel puissant que :

l’entraĂźnement est un systĂšme dynamique, pas une Ă©quation fixe.

Et que pour optimiser la durabilitĂ©, l’endurance et la performance longue distance, il faut intĂ©grer :

  • l’intensitĂ©

  • la chaleur

  • la rĂ©cupĂ©ration

  • et le contexte physiologique global.

DISCLAIMER :

J'avais bien évidemment tester mes zones la veille et mes valeurs étaient donc ultra fraiches. Je suis sous-entrainé ce qui explique les valeurs relativement faibles (SV1...etc). La séance a été réalisée:

  • aprĂšs une pĂ©riode de 4h sans apport calorique

  • dans un environnement standard (21° C) mais sans ventilateur.

  • avec les capteurs habituels (Ă©talonnĂ©es et chargĂ©s).

Qu'est ce que ca vous inspire? A vos questions et commentaires!

🟱 Ce qu’il faut VRAIMENT retenir (sauce FIT TRI PERF)

✅ 1. Zone 2 ≠ lipides garantis

Être en zone 2 en watts ou en FC ne garantit pas une oxydation lipidique optimale si :

  • la tempĂ©rature interne est Ă©levĂ©e

  • l’environnement est chaud

  • la fatigue est importante

  • les apports avant la sĂ©ance ne sont pas controlĂ©s

✅ 2. Le refroidissement est un levier de performance

Pour les sĂ©ances orientĂ©es “lipides / base aĂ©robie” :

  • utiliser au minimum 1 ventilateur

  • boire rĂ©guliĂšrement

  • privilĂ©gier les heures fraĂźches

  • adapter la tenue

✅ 3. Le SV1 doit ĂȘtre ajustĂ© au contexte

En cas de :

  • chaleur

  • fatigue

  • dĂ©rive cardiaque

  • sensation de lourdeur

âžĄïž rĂ©duire lĂ©gĂšrement la puissance/les FC cible pour rester rĂ©ellement en zone lipidique.

✅ 4. Toutes les sĂ©ances ne doivent pas ĂȘtre parfaites

Une séance qui bascule vers les glucides peut aussi :

  • stimuler la tolĂ©rance thermique

  • entraĂźner la flexibilitĂ© mĂ©tabolique

  • prĂ©parer les courses chaudes

Mais elle ne remplit plus le mĂȘme objectif qu’une sĂ©ance lipidique pure.

✅ 5. Entraüner le corps, pas seulement les zones

L’objectif FIT TRI PERF :

entraßner le métabolisme réel, pas uniquement respecter des chiffres.

Comprendre le contexte physiologique permet :

  • d’affiner les contenus de sĂ©ance

  • d’éviter les erreurs d’interprĂ©tation

  • et d’optimiser la durabilitĂ© et la performance longue distance.

← Toutes les publications