
Lors de ma derniÚre séance de home trainer, je me suis équipé habituellement de ma ceinture FC (Polar H10) mais aussi du masque CalibreBio et de mon capteur Core Body Temp. Je voulais réaliser un protocole simple mais trÚs parlant, pour déterminer l'utilisation des lipides autour de SV1. Pour cela, j'ai modélisé une séance trÚs simple :
đ 3 blocs de 8 minutes rĂ©cup 2':
juste en dessous de SV1
Ă SV1
juste au-dessus de SV1
Objectif : analyser ma capacité à oxyder les lipides autour du premier seuil ventilatoire (SV1).
On peut voir que la séance a parfaitement été réalisée, avec des résultats conformes à la théorie attendue. Sur les 2 premiers blocs (sous SV1 et à SV1), les FCs sont stables et restent dans la fameuse Z2Hr. Durant les phases de récupération, les FC redescendent parfaitement. Durant le 3Úme et dernier bloc, non seulement la FC monte au dela de la FC@SV1, mais en plus elle dérive durant le bloc (découplage=8% ce qui est énorme sur une si courte durée et sur une si faible intensité)

đ RĂ©sultats observĂ©s

1er bloc Sous SV1 : bonne capacité à oxyder les lipides (on observe le FatMax pendant la phase de warm up) autour des 60% en moyenne sur le bloc.
2nd bloc @ SV1 : apparition du fameux cross-over point â environ 50 % glucides / 50 % lipides, avec observation d'une premiĂšre dĂ©gradation d'oxydation des lipides sur la fin de ce bloc
3Ăšme bloc Juste au-dessus de SV1 :
effondrement brutal de lâoxydation des lipides
dominance quasi totale des glucides
et surtout⊠cette capacitĂ© Ă oxyder les lipides nâest jamais revenue, mĂȘme pendant les phases de rĂ©cupĂ©ration
Sur le papier, cela semble illogique.
La théorie classique nous dit :
âĂ basse intensitĂ©, les lipides redeviennent le substrat majoritaire.â
Pourtant, ici, ce nâest pas ce que jâai observĂ©.
Pourquoi ?
đĄïž Le facteur clĂ© : la tempĂ©rature interne
La variable qui a totalement changé la lecture de cette séance est la température corporelle interne. Grùce au capteur CORE, on peut mettre la main sur ce qui défie la théorie et peut expliquer précisément ce que l'on attribue la majeure partie du temps à de "mauvaises sensations".
Pour information, sur le graphique suivant, la FC est en rouge, la température interne est en vert et le HSI (Heat Stress Index) est en jaune. On identifie aisément les 3 blocs sur l'évolution de la courbe des FC, et on remarque facilement l'impact des efforts sur l'évolution de la température interne. Par contre, on distingue parfaitement le décrochage entre la FC (en rouge) qui redescend en fin de 3Úme bloc avec la température interne (en vert) qui continue d'augmenter malgré la fin de l'effort...

Entre :
lâaugmentation progressive de lâintensitĂ©
lâenchaĂźnement des blocs
et lâenvironnement du home trainer (moins de convection, moins de refroidissement)
đ la tempĂ©rature interne a continuĂ© Ă augmenter, mĂȘme lorsque lâintensitĂ© redescendait.
Et câest lĂ que la physiologie rĂ©elle reprend ses droits.
âïž Pourquoi la chaleur inhibe lâoxydation des lipides
Lorsque la température interne augmente, plusieurs mécanismes entrent en jeu :
1ïžâŁ PrioritĂ© au glucose (substrat rapide)
Le corps cherche Ă :
limiter le coût énergétique des réactions métaboliques
produire de lâATP plus rapidement
âĄïž Les glucides deviennent prioritaires car :
leur rendement énergétique est plus rapide
leur oxydation demande moins dâoxygĂšne par unitĂ© dâATP produite
elle est plus compatible avec un état de stress thermique
2ïžâŁ Redistribution du dĂ©bit sanguin
En situation de chaleur :
une partie importante du débit sanguin est dirigée vers la peau pour la thermorégulation
ce débit est donc moins disponible pour les muscles
ce qui pĂ©nalise les processus oxydatifs lents comme lâutilisation des lipides
3ïžâŁ Activation du systĂšme nerveux sympathique
LâĂ©lĂ©vation thermique entraĂźne :
augmentation des catécholamines (adrénaline, noradrénaline)
stimulation de la glycolyse
inhibition relative de la lipolyse
Résultat :
đ mĂȘme Ă une intensitĂ© thĂ©oriquement favorable aux lipides, le contexte physiologique ne lâest plus.
đ§ Ce que cette sĂ©ance nous apprend vraiment
Cette séance montre une chose fondamentale :
Le métabolisme dépend autant du contexte interne (température, fatigue, stress) que de la puissance ou de la fréquence cardiaque.
On peut donc se retrouver dans une situation oĂč :
on est âsous SV1â en watts
mais âau-dessus SV1â dâun point de vue mĂ©tabolique
đŻ Implications concrĂštes pour lâentraĂźnement
â 1. Attention aux sĂ©ances âzone 2â en environnement chaud
Une séance censée développer :
lââoxydation des lipides
la base aérobie
peut en réalité devenir :
une séance à dominante glucidique
avec une dérive métabolique non souhaitée
ParticuliĂšrement :
en home trainer
en stage chaleur
en été
en séance longue sans refroidissement suffisant
â 2. Le refroidissement devient un outil dâentraĂźnement
Ventilation, hydratation, température ambiante ne sont plus du confort, mais des variables physiologiques :
ventilateurs puissants
vĂȘtements adaptĂ©s
gestion de lâhydratation
pauses thermiques si nécessaire
âĄïž Objectif : maintenir un environnement mĂ©tabolique favorable Ă lâoxydation lipidique.
â 3. Le SV1 nâest pas une valeur fixe
Le SV1 mesurĂ© lors dâun test frais et contrĂŽlĂ© peut :
se déplacer vers le bas en cas de chaleur
se déplacer en cas de fatigue
se dĂ©placer selon lâĂ©tat glycogĂ©nique
đ Il faut donc parler de SV1 contextuel, pas de SV1 absolu.
đ§Ș Pourquoi les mesures de terrain sont si prĂ©cieuses
Sans analyse des échanges gazeux et de cette température interne, cette séance aurait été interprétée comme :
âUne sĂ©ance dâendurance fondamentale bien maĂźtrisĂ©e.â
Alors quâen rĂ©alitĂ©, le mĂ©tabolisme Ă©tait dĂ©jĂ basculĂ© sur les glucides.
Cela illustre parfaitement lâintĂ©rĂȘt de l'utilisation combinĂ©e des outils comme CalibreBio et Core Body Temp :
pour comprendre ce que fait rĂ©ellement lâorganisme
et pas seulement ce que lâon croit faire avec des zones dâintensitĂ©
đ Conclusion â La thĂ©orie est juste⊠mais souvent incomplĂšte
La thĂ©orie âbasse intensitĂ© = lipidesâ reste vraieâŠĂ condition que lâenvironnement physiologique le permette.
Mais dĂšs que :
la température interne augmente
le stress thermique sâinstalle
le systÚme nerveux est activé
đ la prioritĂ© mĂ©tabolique change.
Cette séance est un rappel puissant que :
lâentraĂźnement est un systĂšme dynamique, pas une Ă©quation fixe.
Et que pour optimiser la durabilitĂ©, lâendurance et la performance longue distance, il faut intĂ©grer :
lâintensitĂ©
la chaleur
la récupération
et le contexte physiologique global.
DISCLAIMER :
J'avais bien évidemment tester mes zones la veille et mes valeurs étaient donc ultra fraiches. Je suis sous-entrainé ce qui explique les valeurs relativement faibles (SV1...etc). La séance a été réalisée:
aprÚs une période de 4h sans apport calorique
dans un environnement standard (21° C) mais sans ventilateur.
avec les capteurs habituels (étalonnées et chargés).
Qu'est ce que ca vous inspire? A vos questions et commentaires!
đą Ce quâil faut VRAIMENT retenir (sauce FIT TRI PERF)
â 1. Zone 2 â lipides garantis
Ătre en zone 2 en watts ou en FC ne garantit pas une oxydation lipidique optimale si :
la température interne est élevée
lâenvironnement est chaud
la fatigue est importante
les apports avant la séance ne sont pas controlés
â 2. Le refroidissement est un levier de performance
Pour les sĂ©ances orientĂ©es âlipides / base aĂ©robieâ :
utiliser au minimum 1 ventilateur
boire réguliÚrement
privilégier les heures fraßches
adapter la tenue
â 3. Le SV1 doit ĂȘtre ajustĂ© au contexte
En cas de :
chaleur
fatigue
dérive cardiaque
sensation de lourdeur
âĄïž rĂ©duire lĂ©gĂšrement la puissance/les FC cible pour rester rĂ©ellement en zone lipidique.
â 4. Toutes les sĂ©ances ne doivent pas ĂȘtre parfaites
Une séance qui bascule vers les glucides peut aussi :
stimuler la tolérance thermique
entraßner la flexibilité métabolique
préparer les courses chaudes
Mais elle ne remplit plus le mĂȘme objectif quâune sĂ©ance lipidique pure.
â 5. EntraĂźner le corps, pas seulement les zones
Lâobjectif FIT TRI PERF :
entraßner le métabolisme réel, pas uniquement respecter des chiffres.
Comprendre le contexte physiologique permet :
dâaffiner les contenus de sĂ©ance
dâĂ©viter les erreurs dâinterprĂ©tation
et dâoptimiser la durabilitĂ© et la performance longue distance.
