En 2025, elle remporte l'Embrunman.
En 2026, elle s'impose sur le Challenge Roth.
Deux des courses les plus mythiques du triathlon longue distance.
Deux parcours qui n'ont presque rien en commun.

Réussir sur l'une est déjà exceptionnel.
Gagner les deux à seulement quelques mois d'intervalle est le signe d'une qualité bien plus profonde : la capacité à s'adapter.
À seulement 24 ans, la Suissesse impressionne par son calme, son intelligence de course et surtout par sa capacité à accepter la souffrance lorsque la situation l'exige.
Elle ne semble jamais courir contre les autres.
Elle court contre ses propres limites.
Une analyse d'entraîneur : ce que révèlent ses deux victoires
Ce qui me fascine le plus n'est pas qu'Alanis Siffert ait gagné deux grandes courses.
C'est la manière dont elle les a gagnées.
En analysant les trois disciplines, on comprend rapidement que son succès ne repose pas sur un point fort unique, mais sur un ensemble de qualités extrêmement rares.
Natation : suffisamment rapide… sans être dépendante
Embrunman
L'Embrunman ne se gagne quasiment jamais dans l'eau.
L'objectif est simple :
sortir dans le premier groupe ;
ne pas gaspiller d'énergie ;
préparer le vélo.
La natation est une mise en action, pas un terrain d'attaque.
Challenge Roth
À Roth, le niveau est tout autre.
Face à Lucy Charles-Barclay, la meilleure nageuse mondiale du triathlon longue distance, Alanis concède seulement 1 minute 40.
Splits :
Lucy Charles-Barclay : 50'23
Alanis Siffert : 52'03
Cette différence est faible.
Elle lui permet de rester immédiatement au contact de la course.
Ce que cela nous apprend
Elle ne cherche pas à battre Lucy dans l'eau.
Elle accepte de perdre une minute.
Mais pas trois.
C'est une différence stratégique énorme.
Elle nage exactement au niveau nécessaire pour exploiter ensuite ses véritables qualités.
Le vélo : sa véritable arme
C'est ici que les deux victoires deviennent passionnantes.
Embrun
À Embrun, le vélo est une épreuve de gestion.
Il faut :
produire une excellente puissance relative (W/kg) ;
monter économiquement ;
gérer la chaleur ;
préserver ses réserves énergétiques ;
arriver vite tout en restant capable de courir.
La régularité prime largement sur la puissance maximale.
Roth
À Roth, tout change.
180 km extrêmement rapides.
Position aérodynamique.
Production de watts constante.
Très peu de récupération.
Et pourtant...
Alanis réalise le meilleur temps vélo féminin : 4 h 29 min 19 s.
Elle prend la tête avant le 30e kilomètre... et ne la quittera plus.
Ce que cela révèle
Être capable de gagner :
sur un parcours de grimpeuse comme Embrun ;
puis quelques mois plus tard sur l'un des parcours les plus rapides du monde,
Cela signifie qu'elle posséde :
✅ une excellente puissance relative, ce qui la rend capable de rouler VITE sur le plat
✅ mais aussi une énorme puissance absolue, ce qui la rend efficace en montée...encore plus quand on observe qu'elle grimpe souvent en position AERO!! 😱
Cette polyvalence est extrêmement rare.
Le marathon : la progression la plus impressionnante
C'est probablement ici que l'on mesure le mieux son évolution.
Embrun
À Embrun, le marathon est souvent une course de survie.
La chaleur, les cols et les descentes détruisent progressivement les jambes.
L'objectif est surtout de limiter la casse.
Roth
À Roth, Alanis produit un marathon de 2 h 45. Une performance exceptionnelle après 180 km de vélo, roulé à 40km/h.
Encore plus impressionnant :
En 2025, sur ce même parcours, elle avait couru 3 h 04.
Un an plus tard :
2 h 45.
Près de 19 minutes de progression sur le marathon final.
C'est probablement l'une des plus fortes progressions observées ces dernières saisons sur le circuit longue distance.
Ce que révèlent ces deux victoires
Pour un entraîneur, trois qualités sautent immédiatement aux yeux.
1️⃣ Une énorme polyvalence physiologique
Elle peut gagner :
à basse vitesse de déplacement sur un parcours montagneux ;
à très haute vitesse sur un parcours ultra roulant.
Cela suppose :
un moteur aérobie exceptionnel ;
une excellente économie énergétique ;
une remarquable capacité d'adaptation.
2️⃣ Une résistance musculaire exceptionnelle
Les contraintes musculaires des deux courses sont totalement différentes.
Embrun
longues ascensions ;
travail concentrique important ;
descentes traumatisantes en run.
Roth
cadence élevée ;
position aérodynamique prolongée ;
production continue de puissance.
Deux profils musculaires.
Une seule gagnante.
3️⃣ Une intelligence de course remarquable
Alanis ne cherche pas à impressionner.
Elle applique son plan.
À Roth, elle ne s'affole pas lorsque Lucy Charles-Barclay sort de l'eau devant elle.
Elle sait que sa course commence réellement sur le vélo.
Une fois en tête, elle reste dans sa bulle: elle est fidèle à sa stratégie, à son rythme, sans répondre aux attaques ni aux émotions du moment.
C'est exactement le comportement des très grands champions.
Son arme fatale : une détermination sans faille
Le talent ouvre la porte.
Le travail la garde ouverte.
Mais à ce niveau, ce qui fait souvent la différence reste la capacité à exécuter le plan lorsque tout devient difficile.
Chez Alanis Siffert, cette qualité saute aux yeux.
Elle ne panique pas.
Elle ne surjoue pas.
Elle applique.
Encore.
Et encore.
Lorsque beaucoup commencent à négocier avec la douleur, elle continue simplement d'avancer.
Son atout secret ? Brett Sutton… mais pas seulement
Il est difficile de parler d'Alanis sans évoquer Brett Sutton.
L'entraîneur australien est l'un des techniciens les plus influents de l'histoire du triathlon, ayant été à l'origine de nombreux champions et championnes, que ce soit sur la distance olympique comme sur le format ironman.
Mais dire que Brett Sutton est son secret serait réducteur.
Un entraîneur ne fait pas gagner une athlète.
Il révèle son potentiel.
Le point commun de tous les champions passés entre ses mains (Chrissie Wellington, Daniela Ryf, Nicola Spirig...) n'est pas une méthode magique.
C'est une philosophie.
Construire des triathlètes complets.
Développer un immense moteur aérobie.
Accumuler des années de travail de base.
Renforcer la résistance musculaire.
Apprendre à écouter autant les sensations que les chiffres.
En d'autres termes :
préparer un niveau de performance, pas une seule course.
Et c'est probablement ce qui explique pourquoi Alanis est capable d'être la meilleure aussi bien dans les Alpes françaises que sur les autoroutes bavaroises de Roth.
La leçon que l'on peut en tirer pour les triathlètes amateurs
Nous passons souvent énormément de temps à rechercher :
les meilleures roues ;
le meilleur casque ;
le meilleur capteur de puissance ;
le meilleur protocole nutritionnel.
Pourtant, les plus grands champions nous rappellent que la performance repose d'abord sur des fondamentaux beaucoup plus simples :
✔️ construire un moteur aérobie solide ;
✔️ développer une véritable résistance musculaire ;
✔️ être constant dans son entraînement ;
✔️ accepter le travail invisible ;
✔️ savoir souffrir intelligemment ;
✔️ faire confiance au processus.
Le matériel aide.
Les watts comptent.
Les données sont précieuses.
Mais aucune technologie ne remplacera jamais une détermination sans faille.
À retenir
Les champions ne s'entraînent pas pour un parcours.
Ils développent des qualités fondamentales qui leur permettent d'être performants sur tous les terrains.
Et c'est probablement la plus grande leçon que nous offre aujourd'hui Alanis Siffert.
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